
PHK à la BJ !*
Les 150 ans de l'Ecole Sainte-Geneviève à
Versailles
Il y a des signes avant coureurs qui ne
trompent pas. Un jeudi, tous les vélos ont disparus des préaux.
Pourtant, nul frémissement chez les élèves. Puis
le jeudi suivant ce fut au tour des voitures de disparaître. Là,
un grognement se fit entendre dans le corps professoral. Ce qui s’annonçait
depuis tant de mois se concrétisait soudain dans l’enceinte
de Sainte-Geneviève : la fête des 150 ans de l’Ecole
allait quelque peu chambouler l’organisation de la fin juin.
Trois
évènements pourtant avaient déjà marqués
les 150 rentrées de Dame Ginette (1) : début février,
la participation des anciens au Pèlerinage de Chartres avec les
préparationnaires de la BJ* ; en mai, un colloque sur Science
et Foi animé par
Dominique
Peccoud dans le grand amphi théâtre de l’ESCP-EAP
à Paris et, au cours de la soirée, un concert rassemblant
les meilleurs élèves instrumentistes de Sainte-Geneviève,
sous l’architecture baroque de l’église Saint Paul-Saint
Louis au Marais.
Mais là, les événements
s’inscrivaient dans les murs de l'Ecole. Sur le terrain de rugby,
face à la terrasse surplombant les réfectoires, les professeurs
de Gymnastique traçaient sur le sol les emplacements pour la
célébration eucharistique. Au milieu du parking central,
s’élevait une tente pour les 1300 convives attendus en
soirée.
Et
pendant que les élèves de Deuxième année
poursuivaient la longue course des oraux de Concours, les premières
années se transformaient en fourmis besogneuses (« pougnatrice
» dirait le vocabulaire B.J.) : installation des couverts, confection
des fanions de Prépa, répétition de la pose de
la première pierre du futur bâtiment Charles de Foucauld,
le tout soutenu par les chants de la Choral et la musique des instrumentistes,
se régalant à découvrir en plein air ce que rendaient
les textes composés par Didier Rimaud sur une musique gospelle
écrite par un jeune auteur, animateur de Forum à Sainte
Geneviève.
Bref,
le moment venu, le tant attendu samedi 26 juin 2004, qu’un Comité
des 150 ans préparait efficacement depuis 3 années, tout
était prêt et le temps clément fut aussi au rendez-vous.
Comme dans les contes tout se déroula pour le mieux (et même
jusque dans les comptes…).
Pendant que des familles d’anciens
pique-niquaient dans le parc ou se régalaient à assister
à des cours donnés par certains professeurs de la BJ,
une vingtaine d’élèves piaffaient d’impatience.
Ils attendaient le Père Général et allaient passer
avec lui une heure. En dehors, d’un ancien élève
de Jamhour, beaucoup se demandaient ce qui allait leur tomber sur la
tête, s’échangeant des légendes sur le Pape
noir, sur ses relations « perinde ac cadaver » avec le Pape
ou sur cette mafia internationale que beaucoup découvraient pour
la première fois à Ginette.
Cette
rencontre fut sûrement un des grands moments de cet après-midi.
De la victoire des hollandais en football (nationalité du Père
Général et coupe d'Europe obligent !) à la présence
des Jésuites en Inde, ces élèves découvrirent
un homme à l’humour pétillant et à la profondeur
paisible : riant du surnom soudain attribué à notre Directrice,
Mme Jubin, tout habillée de jaune qui fut, pour la circonstance,
vite baptisée « la Papesse jaune », expliquant avec
clarté l’importance du travail intellectuel et ses enjeux
spirituels, rappelant avec chaleur la richesse que représentait
leur compagnonnage au sein d’un Internat. Tous ressortirent marqués
(et pas seulement bluffés…), par ce Serviteur de la Mission
du Christ dans le monde.
Ceux
qui n’avaient pas eu la chance d’assister à cette
rencontre purent se « rattraper » au cours de la célébration
eucharistique. Peu impressionnés par la brochette de personnalités
qui s’étalaient pourtant devant leur yeux (soit un Provincial
avec son vice, un chef d’état major de la Marine en grand
uniforme de cinq étoiles, deux directeurs de Grandes Ecoles,
trois grands patrons de multinationales, quarante concélébrants,
etc.) les élèves dressèrent l’oreille et
le torse lorsque dans son homélie le Père Général
leur parla de la vertu du « repiaulage » (entendez le changement
de chambre qui s’effectue trois fois dans l’année)
et de « l’esprit-Co » (Co pour co-responsabilité).
Soudain l’évangile éclairait leur vie. Beaucoup
pensèrent alors que oui, Peter Hans avait dû faire sa Prépa
à la BJ !
Pascal Sevez, sj, préfet des études
à Sainte-Geneviève
* Le
titre de cet article fait référence aux habitudes de langage
de l'Ecole où beaucoup de choses sont désignées
par des abréviations. Il faut donc lire et comprendre : Peter-Hans
Kolvenbach (= PHK, supérieur général des Jésuites)
à l'Ecole Sainte-Geneviève (= Boîte à Jèzes
= BJ).
(1) L'Ecole Sainte-Geneviève est
familièrement appelée "Ginette".