Les Jésuites quittent le centre spirituel de La Baume – La Croix

La Compagnie de Jésus a annoncé officiellement mardi 27 juin le rachat du domaine de La Baume par le diocèse d’Aix et Arles. Le 25 juin, plusieurs centaines de fidèles de ce centre culturel, spirituel et théologique jésuite sont venus faire leurs adieux à « l’esprit » de La Baume.

Sur la nappe blanche, des messages écrits de toutes les couleurs. Des « mercis » pour « l’accueil », « le partage », « les rencontres merveilleuses », « les paroles de vérité »… Ce dimanche 25 juin en fin de matinée, le parc de l’immense domaine de La Baume-lès-Aix, à trois kilomètres d’Aix-en-Provence, bruisse d’une agitation particulière.

400 habitués de ce centre culturel, spirituel et théologique jésuite, véritable institution du Sud-Est, s’y pressent avec émotion. Le temps d’une journée baptisée « Merci La Baume », ils sont venus dire au revoir au lieu. En 2015, le provincial de France de la Compagnie de Jésus, le Père Jean-Yves Grenet, a fait le choix de se séparer de La Baume. « Pour des questions humaines, financières mais aussi en raison de l’interrogation sur la capacité du site à continuer d’assurer ses missions », explique-t-il. La communauté jésuite a d’ores et déjà quitté le site pour rallier Marseille. Le 31 août, le centre culturel cessera son activité, avant le rachat définitif du domaine par le diocèse d’Aix et Arles. L’actuel directeur Éric Gaillard le reconnaît : « C’est dur de se dire qu’un lieu avec une telle âme puisse avoir une fin. »

« L’essence du site a toujours été son accueil des différences »

Geneviève, 53 ans, ne cache pas son émotion. Sur son téléphone portable, elle fait défiler quelques photos de son mariage, à La Baume, il y a vingt-sept ans. « Au début des années 1970, les paroisses du coin n’étaient pas ouvertes aux enfants. Ici, une fois par mois, il y avait la messe des familles. C’est comme cela que nous avons commencé à venir. Puis se sont greffées de plus en plus d’activités. »

Le domaine de La Baume a été acheté par les jésuites en 1952. « Alors, c’était uniquement pour y faire de la formation », rappelle le Père Jean-Yves Grenet. Au début des années 1970, le noviciat installé dans cette somptueuse bastide du XVIIe siècle (l’ordre y avait été initialement présent de 1632 à 1763) se double d’un centre culturel, animé par des jésuites et des laïcs de l’association de La Baume.

« L’essence du site a toujours été son accueil des différences. Avec le temps, ce lieu de dialogue, de formation des chrétiens et de beaucoup d’autres a su témoigner qu’une vie fraternelle était possible », résume le Père Moise Mouton, qui a œuvré à La Baume pendant trente-cinq ans. Boutros, chrétien melkite originaire de Syrie, venait souvent à la rencontre de prêtres et de séminaristes libanais ou syriens de passage : il salue une « ouverture qui rayonnait bien au-delà de la région ».

Multiples activités sur des infinités de thématiques

Colloques sur l’art, conférences sur l’islam ou le chômage, ateliers d’écriture, de lecture, de philosophie, propositions de retraites spirituelles, accueil de groupes, formations diplômantes… Quarante ans durant, La Baume s’est penchée avec curiosité sur une infinité de thématiques et a attiré des habitués de tous horizons. « Cette façon d’être dans le monde, de rassembler toutes les forces vives de la société, avec la foi, était très novatrice », se souvient Pascale Cougard, professeur de lettres à la retraite, qui fréquente le lieu depuis les années 1980 et y anime des ateliers de lecture.

Odette et Colette replient la nappe ornée de centaines de signatures ; elle ira recouvrir l’autel lors de la messe. Odette, 83 ans, a obtenu ici un diplôme universitaire d’études théologiques. Elle soupire : « Venir m’a libérée des carcans de l’Église. » Les percussions brésiliennes d’une batucada résonnent dans le parc.

« La vie et la joie que nous avons reçues ici, nul ne pourra les enlever »

Le Père Pierre Faure, qui a été directeur de La Baume durant huit ans, abonde : « Michel Rondet, maître des novices ici à la fin des années 1960, a été fondamental. Il a été le premier à dire qu’il fallait ouvrir La Baume, y accueillir celles et ceux qui souhaitaient penser la foi et réfléchir le monde, jusqu’en dehors des frontières de l’Église. À sa manière, cette maison a servi de petit laboratoire. »

Les salariés du centre, en recherche d’emplois, distribuent des papiers recensant leurs compétences et leurs contacts. Une femme s’inquiète : « Ils ne vont pas tout casser, au moins ? ». Pendant l’office, donné sous les chênes verts du parc dans le crissement têtu des cigales, le Père Thierry Lamboley, supérieur de la communauté, cherche à apaiser la mélancolie ambiante : « La Baume peut bien fermer. La vie et la joie que nous avons reçues ici, nul ne pourra les enlever. »

> Source : Journal La Croix du 26/06/2017

> Photo © Benjamin Bechet pour La Croix

3 réponses à Les Jésuites quittent le centre spirituel de La Baume – La Croix

  1. Marcelo Oñederra sj dit :

    Muchas gracias a tantos jesuitas que ahí sirvieron. Desde Chile un abrazo de un antiguo alumno de La Baume.

  2. Je trouve opaques les raisons citées par cet article.
    De quoi et de qui s’agit t’il SVP?
    Merci

    Jean Pierre DANIAL

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Powered by WordPress | Designed by: SEO Consultant | Thanks to los angeles seo, seo jobs and denver colorado