Le péché a-t-il encore un sens ? Intervention de François Euvé sj sur RCF

51540_adam-eve-peche-originelOmniprésent pendant des siècles dans la langue de l’Église, le mot « péché » semble de moins en moins prononcé. Comme si c’était un mot trop lourd, porteur de trop d’excès…

 

Parler de péché c’est semble-t-il convoquer tout un cortège d’images peu flatteuses, du confessionnal inquisiteur, à la liste de ce qui est permis et interdit, en passant par la tentation, le péché véniel ou mortel, la culpabilité angoissante, quand ce n’est pas le pouvoir des prêtres ou le contrôle social de l’Église. Cette mise à l’écart du péché est-elle une émancipation du croyant ou au contraire une illusion sur sa toute-puissance ?

Catherine, auditrice de RCF dans l’Allier, confie préférer parler « d’amour » plutôt que de péché. Selon sr. Anne Lécu, le risque à trop parler de péché est de « macérer dedans et de ne pas voir ce qui nous entoure« . Pour la religieuse mieux vaut s’intéresser à son voisin, au monde, à Dieu, plus qu’à son péché. Le p. Daniel Duigou souligne, lui, l’importance du choix des mots. Le prêtre et psychanalyste observe que des mots comme celui de « péché » ne permettent plus à certaines personnes de « penser leur vie en tant qu’adulte aujourd’hui, avec la liberté qu’ils ont et la responsabilité qui est la leur« . En 2016, il importe donc d’expliquer le sens de ce mot, afin qu’il ne devienne pas anachronique.

Le sens du péché est « d’abord théologique avant d’être moral« , précise le p. François Euvé. Il désigne tout ce qui vient affecter la relation à Dieu. Dans l’Évangile, Jésus est celui qui remet debout, qui rend la vie à ceux qui se sentent écrasés. « Je crois de plus en plus que ce qui intéresse Dieu c’est nous: si le péché est ce qui en nous n’est pas tourné vers Dieu c’est précisément ce qui n’est pas nous« , confie sr. Anne Lécu. Pour le p. Daniel Duigou, « il y a derrière un certain discours de l’Église une vision pessimiste sur l’homme qui ne peut que l’enfermer sur la culpabilité qu’il porte de toute façon« . Il insiste sur la nécessité de faire confiance à l’homme ne pas l’assommer de mots « qui donnent l’impression d’être toujours dans une situation d’échec et d’impuissance« .

En cette année de la Miséricorde, le pape François encourage à vivre ou redécouvrir le sacrement de réconciliation. La miséricorde, c’est pour sr. Anne Lécu ce qui est le plus important à redécouvrir aujourd’hui dans la foi chrétienne. Elle précise qu’elle n’est pas équivalente au pardon des péchés mais « bien plus vaste« . Et les 4 et 5 mars 2016, se tient d’ailleurs la manifestation 24 heures pour le Seigneur, initiée par le pape. La confession est pour le p. François Euvé ce qui vient redonner confiance. Et redire aussi comment la religion peut réhabiliter l’homme c’est-à-dire d’après le p. Daniel Duigou, l’aider à se libérer de ce qui l’empêche d’être lui-même « dans un monde qui a tendance à l’écraser« .

Invités :

P. François Euvé , prêtre jésuite, directeur de la revue Études
Anne Lécu , religieuse dominicaine, médecin en milieu pénitentiaire
P. Daniel Duigou , prêtre, psychanalyste

> Source : article de RCF

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