À Ciudad Juarez, apprendre à construire la paix (Mexique)

Au Mexique, la Compagnie de Jésus propose aux jeunes de s’immerger dans la spiritualité ignatienne lors de week-ends de camping. À Ciudad Juarez, l’initiative a permis de créer une communauté engagée socialement.

« Les camps, ici à Juarez, c’est pour la paix. Je suis sûr que la plus grande œuvre de ces camps jésuites, c’est justement la construction de la paix », affirme Alejandro Daniel Duran, un laïc natif de Juarez qui doit composer avec l’absence de son frère, disparu il y a quelques années.

Pour ce psychologue de 29 ans, ces sessions d’initiation à la spiritualité d’Ignace de Loyola ont permis de remplir un vide que l’Église n’avait jamais pu combler. « Ces camps nous ont permis de partager notre douleur. Il y avait plusieurs victimes de la violence, toutes sortes de violence. On est devenus une communauté. On y a trouvé des gens comme nous avec qui on partage une spiritualité », explique-t-il.

Bien qu’il n’y ait pas de communauté jésuite proprement dite à Ciudad Juarez, le pape François pourra constater, lors de sa visite du 12 au 17 février, que sa spiritualité inspire aussi de nombreux laïcs de cette ville frontalière. Salvador Gonzalez-Ayala est l’un des piliers de cette communauté ignatienne.

Découvrir « les principes et fondements » des exercices spirituels d’« Inigo »

Celui que les jeunes appellent affectueusement « Charthur » y coordonne ces formations qui se déploient sur quatre week-ends. « Très longtemps, j’ai combattu Jésus. J’ai étudié des auteurs athées et existentialistes pour questionner l’Église. Puis je me suis mis à étudier par hasard les écrits d’Ignace de Loyola. Je me suis plongé tellement profondément dans cette spiritualité que j’en suis presque devenu jésuite », raconte en riant ce laïc de 49 ans, père de trois enfants.

Après s’être lié d’amitié avec des jésuites de la province du Mexique, « Charthur » s’est lancé dans ce qui allait devenir sa mission : transmettre aux jeunes sa passion pour la spiritualité d’« Inigo » à travers ces camps lancés en 2010 au Mexique.

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Divisés en quatre modules, ils permettent aux jeunes de découvrir « les principes et fondements » des exercices spirituels du grand saint espagnol, fondateur de la Compagnie de Jésus, et de développer des outils spirituels – dont le discernement – par l’entremise d’activités ludiques et d’une retraite en silence.

« Une dimension spirituelle et sociale très forte »

« C’est un processus avec toute une pédagogie développée par des prêtres jésuites, des sociologues, des psychologues et des théologiens. Il y a une dimension spirituelle, mais aussi une dimension sociale très forte », raconte Salvador Gonzalez-Alaya qui, avec une quarantaine d’autres formateurs, a diversifié cette offre aux quatre coins du Mexique. Rapidement, elle a attiré l’attention du clergé. « L’évêque m’a demandé d’aller dans les quartiers les plus difficiles, avec les plus hauts indices de violence. Certains jeunes qui participent n’ont jamais même mis les pieds dans une église », souligne « Charthur », amusé.

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« On leur donne un élan important, surtout à Juarez où les jeunes vivent avec la violence et la pauvreté, poursuit-il. Ils se rendent compte qu’il y a plus d’espoir qu’ils ne le croyaient. Ils repartent avec l’idée qu’ils sont maîtres de leur destin. » Accompagnements spirituels dans les prisons, collecte de fonds pour offrir des soins de santé aux démunis… Les projets développés par ces jeunes contribuent à éclaircir le visage sombre de leur ville.

« Un processus de changement se développe dans un pays qui ne sait plus départager la corruption du crime organisé, la violence, les disparus. Ce n’est pas facile d’agir, mais on amène ces jeunes à faire bouger les choses, avec la peur qui existe toujours, mais aussi avec l’espoir », affirme « Charthur », qui ne dissimule nullement son admiration pour les jeunes de sa communauté. Forts de leur succès, les camps jésuites ont même traversé la frontière et sont proposés dans certains diocèses du Texas… D’autres provinces d’Amérique centrale ont aussi manifesté leur intérêt.

> Source et photo : La Croix et Nancy Caouette (à Ciudad Juarez)
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