Le Père Ziad, jésuite à Homs, témoigne
Rencontre avec « l’ambassadeur des enfants de Homs »,
en Syrie,
le Père jésuite
Ziad Hilal
Jacques Berset, agence Apic 3 septembre 2012
Genève/Homs: « ll faut absolument sortir de la logique de la haine qui prévaut en Syrie, Å“uvrer à la réconciliation… L’espoir passe par les enfants », confie à l’Apic le Père jésuite Ziad Hilal, à peine débarqué à Genève d’un vol en provenance de Beyrouth. Le religieux syrien de 38 ans s’est absenté quelques jours de la ville martyre de Homs, pour trouver soutiens et argent pour financer les institutions scolaires qu’il a fondées ce printemps avec d’autres religieux en Syrie.

Le Père Ziad veut transmettre un message d’espoir pour l’avenir de la Syrie. Il mise sur la nouvelle génération et sur le développement de la société civile.
D’aucuns ont qualifié le Père Ziad Hilal d’« ambassadeur des enfants de Homs et des opprimés« . Mais lui se veut un ambassadeur « humanitaire et pas politique », précise-t-il dans un français parfait. Ses écoles accueillent près d’un millier d’enfants de toute provenance, venant tant des communautés chrétiennes que des quartiers sunnites et alaouites.
Le Père Ziad Hilal a appris le français en Syrie, qu’il a perfectionné en suivant des cours de grammaire et de littérature à la Faculté de droit et de science politique de l’Université d’Aix-Marseille, avant de passer une licence en philosophie et en théologie et un master en théologie au Centre Sèvres à Paris. Outre son engagement intense sur le terrain à Homs, le religieux jésuite prépare encore son doctorat en théologie et en éducation à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
Apic: Pouvez-vous nous décrire la vie dans le centre historique de Homs, où se trouve la Résidence des Pères jésuites, là où vit encore le Père Frans van der Lugt, dans le quartier chrétien de Boustan al-Diwan.
Père Ziad: Aujourd’hui Boustan al-Diwan, occupé par l’Armée syrienne libre (ASL), est vidé de sa population chrétienne depuis le 21 février, lorsque l’armée syrienne s’est retirée de la vieille ville. Les chrétiens ont eu peur de la vengeance des insurgés et ils avaient raison !
Il ne reste plus dans le quartier qu’environ 70 chrétiens et 2 à 300 musulmans. Le Père Frans van der Lugt a dit qu’il ne quittera pas le quartier tant qu’il y aura des gens dans le besoin. Il accueille des gens chez lui, célèbre la messe, organise des méditations. Une famille de cinq musulmans, des réfugiés, vivent encore à la Résidence. Jusqu’en juillet, elle hébergeait 35 réfugiés. Une cinquantaine de personnes ont pu quitter le quartier, qui est encerclé, après une négociation avec les deux camps.
Ils ont pu sortir grâce aussi au Père Michel Nouamann, un prêtre syriaque catholique. Il consacre tout son temps à négocier entre les deux camps. Il s’engage pour ces gens encerclés, afin de venir à leur secours pour les faire sortir de la vieille-ville sains et saufs. Un brave homme de Dieu.
Apic: Vous jouez le rôle de médiateur ?
Père Ziad: Effectivement, je fais partie des médiateurs qui interviennent pour faire libérer des personnes des deux camps retenues comme otages, avec le Père Michel Nouamann et un comité de réconciliation. Des snipers, installés par les deux parties en conflit, empêchent toute sortie de la vieille-ville. Il faut alors négocier pour leur permettre de sortir du quartier sans qu’ils se fassent tirer dessus.
Dans cette zone de Homs (la vieille-ville) – une cité qui compte près de 1,3 million d’habitants –, la vie s’est arrêtée. Les magasins sont fermés ou détruits, les gens vivent de réserves, mais on ne sait pas comment. Les rues sont dévastées, sans eau ni électricité.
Ici, c’est une ville fantôme, désertée. Les gens qui restent s’aident les uns les autres, cherchent de l’eau, de la nourriture… Mais il n’y a pas de travail.
Apic: Les combats n’ont pas épargné les lieux de culte et les chrétiens ont fui…
Père Ziad: La plupart des églises des quartiers d’al-Hamidiyeh et de Boustan al-Diwan ont été endommagées voire détruites: l’église des jésuites Notre-Dame, à Bab Sbaa, l’église protestante, l’église grecque-orthodoxe Saint-Antoine, l’église grecque-catholique Notre-Dame de la Paix, l’autre église des jésuites, l’église grecque-orthodoxe des Quarante-martyrs, l’église syriaque-orthodoxe Notre-Dame de la Ceinture, la cathédrale syriaque-catholique du Saint-Esprit, l’église grecque-orthodoxe Saint-Georges, dont il ne reste plus que les murs extérieurs. Les mosquées aussi ont été endommagées…
La vie s’est arrêtée et la majorité des chrétiens – au moins 80’000 sur 120’000 – ont fui pour trouver refuge essentiellement dans le Wadi al-Nassara (la Vallée des Chrétiens ou des Nazaréens), à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest, à Marmarita, Safita, Al-Hosn… D’autres sont partis s’installer à Damas ou à Alep, ayant tout perdu dans les bombardements de Homs. Le reste s’est installé dans d’autres quartiers de Homs épargnés, ou dans les villages chrétiens de Zeidal ou de Feyrouz, à quelques kilomètres de Homs.
Apic: Avez-vous un message à nous transmettre ?
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Syrie: les massacres se poursuivent, témoignage du Père Ziad Hilal (interview du 14 juillet 2012 sur la radio suisse )
Des observateurs de l’ONU déployés en Syrie se sont rendus ce samedi à mi juillet à Treimsa, une localité du centre du pays où l’armée syrienne aurait commis le plus grand massacre depuis le début du conflit.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, plus de 150 personnes, dont des dizaines de rebelles, ont été tuées dans des bombardements et des combats à Treimsa.
Les interviews du Père Ziad, jésuite et habitant de la ville de Homs et d’Alexandre Vautravers, expert militaire, rédacteur en chef de la revue militaire suisse.
Pour écouter l’interview, cliquez sur la flèche.
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