Origène par le Cardinal Jean Daniélou

Origène par le Cardinal Daniélou sjParu en 1948, le livre de Jean Daniélou sur Origène a largement contribué à la réhabilitation d’un Père de l’Église qui compte parmi les grands auteurs de l’Antiquité chrétienne

Présentation de Michel Fédou
[Première Édition : La Table Ronde, 1948]

Paru en : Mai 2012
30,00 €  – 312 pages
Collection « Bibliothèque du Cerf »
230 x 145 x 20 –  450 g

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À la différence de bien des études qui, jusque-là, privilégiaient souvent tel aspect de l’œuvre origénienne au détriment des autres, cet ouvrage en rassemble les diverses composantes et en manifeste ainsi toute la richesse.

Après avoir replacé Origène dans le milieu de la communauté chrétienne à la fin du IIe siècle et dans la première partie du IIIe, Jean Daniélou montre comment ce Père de l’Église s’est situé par rapport aux courants philosophiques de son temps — leur empruntant çà et là des concepts ou des schèmes de pensée, mais répondant aussi aux objections que des philosophes pouvaient alors formuler contre le christianisme. Il présente sa manière de lire la Bible qui, pour une part, est très redevable de la tradition « typologique » héritée du Nouveau Testament et des premiers Pères, mais qui porte aussi la marque d’influences non chrétiennes (en particulier celle de l’œuvre composée par l’exégète juif Philon d’Alexandrie). Il expose, en outre, les idées théologiques d’Origène, depuis la cosmologie jusqu’à l’eschatologie, en passant par les doctrines de l’Incarnation et de la Rédemption. Il montre enfin qu’Origène est un « grand spirituel chrétien » et souligne l’influence que ce Père devait exercer sur l’histoire ultérieure de la mystique.

Le livre de Jean Daniélou ne témoigne pas seulement de ce qu’a été le renouveau patristique au XXe siècle. Il laisse aussi entendre comment une grande œuvre du passé peut contribuer aujourd’hui à l’intelligence de la foi.

L’auteur : Jean Daniélou [ 1905 – 1974 ]

Jean Daniélou (1905-1974), jésuite français, est considéré comme l’un des premiers et principaux théologiens de l’histoire des origines chrétiennes et des père de l’Église du XXe siècle. Élu doyen à l’Institut catholique de Paris en 1962, il fut désigné par le pape Jean XXIII, la même année, comme expert au concile Vatican II. Son parcours intellectuel hors du commun, mis au service de l’Église, lui a valu d’être créé cardinal par le pape Paul VI. Il est élu à l’académie française en 1972.

Extrait de l’INTRODUCTION

ORIGÈNE est, avec saint Augustin, le plus grand génie du christianisme antique. On peut dire que, dans tous les domaines, il marque un moment décisif. C’est lui qui est le fondateur de la science biblique par ses recherches sur les versions de l’Écriture, par ses commentaires à la fois littéraux et spirituels des deux Testaments. C’est lui qui constitue la première grande synthèse théologique et qui, le premier, de façon méthodique, s’efforce à expliquer le mystère chrétien. Il est l’homme enfin qui a le premier décrit les voies de l’ascension de l’âme vers Dieu et fondé ainsi la théologie spirituelle, si bien que l’on peut se demander dans quelle mesure il n’est pas l’ancêtre du grand mouvement monastique du IVe siècle.

Son influence a été immense. Le IIIe et le IVe siècles sont remplis de ses disciples. Pour ne parler que des plus grands, Eusèbe de Césarée, son successeur à l’école de cette ville, le, fondateur de l’histoire ecclésiastique, est l’héritier de sa pensée et son apologiste décidé. Didyme continue son œuvre exégétique et mystique à Alexandrie. Par Grégoire le Thaumaturge, qui fut son élève et qui est l’apôtre de la Cappadoce, l’héritage de sa pensée se transmet aux Grands Cappadociens. Basile et Grégoire de Nazianze feront des morceaux choisis de ses œuvres que nous possédons encore, la Philocalie. Grégoire de Nysse, tout en rejetant ses excès, est l’héritier le plus intelligent de sa théologie de l’homme et de sa mystique. Evagre le Pontique, l’un des plus grands spirituels spéculatifs, dépend étroitement de lui et répand sa doctrine chez les moines d’Egypte. Par Evagre, elle passera à Cassien et, comme l’a remarqué Dom Marsili, par Cassien, elle pas¬sera aux moines d’Occident 1. Le grand docteur mystique Maxime le Confesseur aura une période origéniste comme l’a montré le P. de Balthasar 2. En Occident, Rufin d’Aquilée fera connaître son oeuvre. Hilaire de Poitiers, Ambroise de Milan dépendront de son exégèse.

Notes
1. Giovanni Cassiano ed Evabrio Pontico, Rome, 1936.
2. Liturgie Cosmique, trad. franç., p. 121, Paris, 1948.

 

Autre extrait du Livre IV        La mystique d’Origène          p287 à 289

Si Origène tient une place de premier plan dans l’histoire de l’exégèse, s’il est le plus considérable des théologiens chrétiens des premiers siècles, son rôle dans l’histoire de la théologie spirituelle n’est pas moins important. Cet aspect a été laissé longtemps de côté par les études origénistes. C’est lui au contraire qui est aujourd’hui l’objet des études les plus nombreuses. Ceci se rattache à l’intérêt porté aux études de spiritualité. Ces études en effet, ont montré l’importance d’Origène. Les grands théoriciens de la théologie mystique au IVe siècle, Grégoire de Nysse, 1 et Evagre le Pontique sont ses disciples et si le premier le dépasse par l’accent mis sur l’union mystique par l’amour dans la ténèbre, il reste très dépendant de lui. Par le pseudo-Denys, disciple de Grégoire de Nysse, c’est ce courant d’Origène qui se continue dans la spiritualité orientale. Maxime le Confesseur dépendra de lui soit directement, soit à travers Evagre et le pseudo-Denys, comme l’a montré le P. de Balthasar 2. Par ailleurs, par Evagre le Pontique, la tradition d’Origène se transmettra au moine marseillais Cassien 3. Or on sait l’influence de celui-ci sur le monachisme occidental. Et sans pouvoir déterminer toujours s’il s’agit d’influences directes, c’est cependant à Origène que devront leur plus lointaine origine aussi bien la mystique du désert de saint Jean de la Croix, que la mystique nuptiale de saint Bernard, la dévotion au Christ jésus de saint Bonaventure que la dévotion au Verbe éternel de Tauler.

Une telle influence ne s’expliquerait pas si Origène n’avait pas été un grand spirituel chrétien. Quel a donc été son rôle? Il y a eu avant lui de grands mystiques chrétiens. Saint Paul est le premier d’entre eux. Saint Ignace d’Antioche, saint Irénée sont de grands spirituels. Et de même les martyrs, visités par le Seigneur au milieu de leurs tourments. Nous trouvons chez eux l’écho d’une expérience spirituelle profonde. Mais nous n’y trouvons pas une systématisation de cette expérience. Cette systématisation sera principalement l’œuvre d’Origène. Là-dessus tout le monde est d’accord. Pour cela Origène, comme l’avait déjà fait avant lui Clément d’Alexandrie, utilisera certaines catégories de la mystique platonicienne de son temps. C’est sur cet aspect que l’on insiste d’ordinaire. Mais cet aspect n’est pas le seul. Et s’il n’y avait que lui, on s’expliquerait difficilement l’influence d’Origène.

Si la théologie spirituelle d’Origène a rencontré un tel écho dans l’âme chrétienne, c’est qu’elle est d’abord biblique. Chez Origène, il n’y a d’autre livre que l’Écriture. C’est elle qui contient toute la théologie dogmatique. C’est elle aussi qui contient toute la théologie mystique. La première correspond au sens ecclésial, la seconde au sens individuel. Toute l’Écriture, sous cet angle est ainsi interprétée de la vie de l’âme et de ses relations avec le Christ. Nous avons vu que ceci était pour Philon le sens principal. Il n’en est pas de même pour Origène, qui reconnaît aussi un sens dogmatique. Mais ce sens spirituel est également essentiel. L’homme charnel, l’Israélite s’arrête dans l’Écriture à l’écorce. Mais l’homme spirituel, qui goûte les choses spirituelles et à qui l’Esprit Saint enlève le voile, découvre sous la lettre la nourriture spirituelle de son âme. Cette symbolique spirituelle de l’Écriture jouera un rôle capital dans la littérature mystique ultérieure. C’est chez Origène qu’elle prend sa racine; c’est à travers cette symbolique qu’Origène va nous décrire les grandes étapes de l’itinéraire spirituel.

Notes
1. Voir mon étude sur Platonisme et théologie mystique. Essai sur la doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse. Paris, 1943.
2. H. Urs von Balthasar, Kosmische Liturgie. Freiburg in Brisgau, 1941.
3. D. Marsili, Giovanni Cassiano e Evagrio Pontico. Rome, 1936.

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