Interview de Mgr Hollerich

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Les ordinations diaconales à l’église Saint-Ignace le samedi 21 avril 2012 ont été l’occasion de découvrir le Père évêque Jean-Claude Hollerich, jésuite, archevêque du Luxembourg depuis le 11 juillet 2011.

Il était auparavant vice-recteur de l’Université Sophia de Tokyo. Son passage à Paris donnait l’occasion de lui poser quelques questions.

Mgr Jean-Claude HollerichComment avez-vous vécu le changement de Tokyo à Luxembourg ?

Je m’étonne parfois des réactions luxembourgeoises. Des gens trouvent qu’aller d’une église à l’autre c’est trop loin. On parle de 5 minutes en voiture, tandis qu’à Tokyo on fait une heure, une heure et demi en train pour aller à l’église. Les gens ne se rendent pas compte combien la vie est facile ici en Europe. Une autre chose que j’ai appelée « choc culturel », c’est l’agressivité. Le consensus social n’est pas aussi grand qu’au Japon. Les discussions, qui parfois sont très bonnes et nécessaires, se mènent avec une certaine agressivité. Vous remarquez cela dans les conversations ou les discussions de style politique, par exemple dans le dialogue entre gens de la laïcité et de l’Église. Je suis très étonné de ces frictions qui certainement ont des raisons historiques mais qui n’ont plus de raison d’être.

Vous passez d’une fonction académique à un service épiscopal. Comment vivez-vous ce changement ?

On ne peut pas être évêque – pendant 22 ans, si je vis assez longtemps – sans se former de manière continue dans toutes les questions de société et en théologie. Je commence à comprendre quelles raisons le pape a pu avoir pour me nommer. Bien sûr, la loi nationale exige que l’archevêque soit luxembourgeois, mais c’est certainement plus facile pour quelqu’un qui vient de l’extérieur que pour quelqu’un qui a toujours été à Luxembourg d’avoir une distance par rapport à la réalité de ce qui se fait en Europe. Cela permet d’avoir une autre vue et parfois de donner des petits coups de pouce pour que de nouvelles choses se déclenchent.

Mgr Hollerich à St Ignace à ParisVous vous retrouvez à Luxembourg dans un milieu européen, avec un brassage de communautés en provenance des Institutions européennes et de la finance internationale. Est-ce un des lieux que vous rencontrez ?

C’est un défi parce que Luxembourg, c’est non seulement l’Union européenne, mais plus de 40 % de la population luxembourgeoise n’est pas de nationalité luxembourgeoise. À Luxembourg ville, il s’agit de 66 % de la population. L’Église luxembourgeoise est trop centrée sur les Luxembourgeois. On a créé par le passé des missions pour les minorités catholiques (Italie, Portugal, etc.). Ces communautés vivantes forment aujourd’hui la majorité comme à Luxembourg-ville. Il s’agit donc de trouver de nouveaux modèles, aussi bien pour les célébrations liturgiques que pour la vie ensemble en Église. Utiliser différentes langues, n’est pas toujours facile, mais c’est la seule manière de faire.

Une étude sociologique montre que le Luxembourg connaît des sociétés parallèles, mais théologiquement, nous ne pouvons pas construire des Églises parallèles. C’est un grand défi. Je commencerai en automne à célébrer chaque dimanche soir la messe à la cathédrale. Ce sera une messe internationale pour toutes les communautés. C’est le chemin que l’Église doit prendre.

Les communautés non luxembourgeoises (j’essaie d’éviter le terme d’étrangers car c’est un terme qui ne sied pas à l’Église) sont beaucoup plus dynamiques que l’Église luxembourgeoise. J’attends de cette intégration, que l’étincelle se propage des communautés de différentes langues vers la communauté luxembourgeoise. Dans celle-ci, ma génération est la plus jeune de l’assistance, tandis que dans les autres communautés, on trouve des enfants, des jeunes, des jeunes adultes, etc. Cette formation de la communauté est beaucoup plus saine que dans la communauté luxembourgeoise. Je suis l’évêque de tous les catholiques de Luxembourg, pas seulement des Luxembourgeois.

Propos recueillis par Albert Evrard
Jésuite de la BML (Province de la Belgique méridionale et du Luxembourg),
actuellement en études au Centre Sèvres

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