Présider en jésuite une académie
Le père Dominique Bertrand, jésuite, achève son mandat de président de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon pour l’année 2011.
Propos recueillis par la rédaction de EaL (Église à Lyon)
Eglise à Lyon : Une académie n’est pas une institution religieuse, mais civile, ce qui en France, se précise ainsi : laïque. Comment, jésuite, êtes-vous parvenu à la présidence de l’Académie ?
Dominique Bertrand : Je me suis assis dans le fauteuil présidentiel, parce que, tout d’abord, je suis entré, comme membre titulaire dans ladite institution, dont je dois dire, tout de suite, que, devenue tout à fait laïque à partir de sa refondation sous le consulat, elle pratique une laïcité exemplairement ouverte. Prêtres et religieux y ont accès en vertu de leur compétence, comme tous les autres impétrants. En fait, pour l’admission comme pour la présidence, j’ai bénéficié du même parcours vécu par mon prédécesseur à la direction des Sources Chrétiennes, le père Claude Mondésert. Pour tous les deux, le bon renom de celles-ci sur la place de Lyon a servi de tremplin pour une première, aucun fils de saint Ignace n’ayant, ni dans l’Ancien Régime, ni de notre temps, accédé à ce poste.
EaL : Mais que représente au juste une académie. Je pressens bien que, quand on lui accole « des Sciences, Belles-Lettres et Arts », le mot prend une autre coloration que, par exemple, dans « académie de danse », « de billard ».
D. B. : De toute façon, le titre est valorisant. Et pour cause. Il remonte au jardin sur le Céphise, à Athènes, où Platon puis son école ont enseigné. Un parfum platonisant s’attache à lui, dont la Renaissance, en réaction contre les universités, produites par le Moyen Age, plutôt aristotéliciennes, s’est enchantée. En Italie, puis partout en Europe, les souverains favorisent les initiatives dans ce sens des savants et des lettrés. Annecy, en Savoie, voit naître la première sous la douce impulsion de François de Sales, la « Florimontane » (1607). La Française à Paris suit (1635) avec le puissant ministre de Louis XIII. Richelieu,
Quarante-sept auront été fondées en France avant la Révolution, qui les supprime avec tous les corps intermédiaires autres que ceux qui naissent de la volonté populaire. Lyon naît petitement en 1700 et se constitue tout à fait par patentes royales de 1724 à 1758 comme «Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts». Le consulat redonne vie à ce genre d’institutions, De 1803 à nos jours, mis à part les années d’occupation, l’Académie prospère, avec de très grands noms, comme André-Marie Ampère, André Latreille, Charles Mérieux, J’en passe.
EaL : Qui sont les membres de l’Académie ?
D. B. : Le principe immémorial de l’institution académique est la cooptation entre personnes compétentes dans les grands secteurs du savoir. Celui-ci, du fait de sa dispersion entre les disciplines qui s’accomplit au 19e siècle, se répartit, pour parler en termes actuels, en sciences de la nature, sciences de l’homme et beaux-arts. Les premières, pour coller davantage au réel se répartissent entre «mathématiques, astronomie, physique et chimie », «géologie, biologie et agronomie, « médecine » ; les secondes en « littérature », «histoire et géographie », « philosophie et droit », la troisième, «tous les arts». Les membres titulaires, dont le vivier est surtout, mais pas uniquement, universitaire, gardent leur siège vingt ans, puis deviennent émérites, en conservant leur droit de vote. Ces titulaires sont au nombre de cinquante-deux. S’y ajoutent des membres d’honneur associés, des membres correspondants et un beau réseau d’amitié.

Palais Saint Jean à Lyon
EaL. Merci de nous faire visiter par la parole votre maison, qui est redevenue, après plusieurs délocalisations, celle de l’origine, le Palais Saint-Jean, demeure de l’archevêque, un Villeroi, membre de la famille qui a gouverné Lyon et le Lyonnais durant tout le 18e siècle. On ne vous connaît pas suffisamment. C’est dommage. Je termine ce trop court entretien par une question plus personnelle: comment avez-vous vécu votre mandat de président.
D. B. : Je suis content d’y répondre car j’ai été vraiment heureux, grâce à cette présidence, de vivre plus intensément les vertus académiques. Je préciserai de la façon suivante. Le président doit proposer un effort intellectuel à ses consÅ“urs et confrères. J’ai dû mettre au point le programme d’une bonne trentaine de conférences pour meubler notre trentaine de rencontres, une par semaine, hors des vacances. Cela ne s’est pas fait sans la collaboration de toutes et de tous ni sans mon carnet d’adresses heureusement diverses selon les aires de la culture. C’est là un travail passionnant. Plus profondément, j’ai expérimenté ce que peut être une vraie laïcité ouverte, expression trop raide pour définir un humanisme vécu : nous nous acceptons, et même nous nous voulons, très différents, les uns les autres ; j’ai pu proposer des sujets de fond religieux, mais j’ai tenu à ouvrir les perspectives, laissant beaucoup de place, grâce aux talents variés, à l’expression picturale, à l’histoire mais aussi à des sujets d’actualité plus brûlants, comme nos crises présentes. En quelques mots, nous sommes tous à vivre et à cultiver l’antique maxime de Térence : « Nihil humanum a me alienum puto ». (1) Cela est extrêmement roboratif. Jamais cela ne m’a paru contredire une autre formule célèbre : « Ad majorem Dei gloriam«(2). » Ou une autre encore, qui fait la synthèse : « Gloria Dei homo vivens (3), »

Médaille du tri-centenaire
 Notes
1) Rien de ce qui est humain ne m’est étranger
2) Pour la plus grande gloire de Dieu,
3) La gloire de Dieu c’est l’homme vivant.Propos recueillis par la rédaction de EaL (Eglise à Lyon)
Pour en savoir plus :
Académie des Sciences Belles-Lettres et Arts de Lyon
Jésuites et prélats, militaires et médecins académiciens




