Science, Foi, Sagesse : vers une convergence ?

Interrogation sur les regards actuels portés sur la science ?

François Euvé s.j., ancien élève de l’École Normale Supérieure de Cachan, agrégé de physique, enseigne la théologie aux facultés jésuites de Paris (Centre Sèvres).

Il s’interroge sur les regards actuels portés sur la science : le temps de la convergence science et foi serait-il arrivé ?
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de François EUVÉ,  Science, Foi, Sagesse, Faut-il parler de convergence ? Les éditions de l’Atelier, Paris, 2004, 190 p.

 

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« Après des siècles d’opposition, le temps d’une « réconciliation » entre science et religion serait-il venu ?
De toutes parts, face à l’éclatement qui menace l’homme, résonnent des appels à bâtir une vision unitaire du monde. D’un côté, la science moderne, dans sa forme technique, rencontre une contestation de plus en plus forte ; de l’autre, le courant de sécularisation qui semblait marquer de façon définitive la société moderne, laisse apparaître un retour du religieux sous de multiples formes : spiritualités, sagesses, religions orientales.

Quels sont les nouveaux contours du débat entre « science et foi » ? Quels en sont les enjeux pour la foi chrétienne ? Pour l’homme d’aujourd’hui ? »

Quel « nécessaire discernement » ?

État des lieux
Nouvelle « convergence » ?
Nouveau regard sur la science
L’attention à la nature

Ce qui fait question
Nouveau mysticisme
Origine chrétienne de la science ?

Des pistes pour l’avenir
Promesse d’une communion universelle
La « convergence » teilhardienne
La liberté de l’homme

Nouvelle « convergence » ?

Dans un premier chapitre, François EUVÉ rappelle, à grands traits, l’histoire des « relations entre la science et la religion [qui], qu’elles soient présentées comme conflictuelles ou harmonieuses, sont un thème inépuisable pour des dossiers de journaux ou des ouvrages à succès… », et constate l’apparition, de nos jours, d’une « nouvelle convergence ». « De ce premier tour d’horizon, on peut retenir surtout trois choses. La première est que, manifestement, le thème « science et religion » fait de plus en plus recette…

Deuxièmement, ce thème est fréquemment associé à une recherche d’ordre, d’harmonie cosmique, que la science établirait et que la religion garantirait. Les systèmes complets du type « théorie du tout » paraissent encore trop éloignés pour emporter la conviction. L’idée est que plus on remonte à l’origine des choses, plus s’imposent de nouveaux mystères. La marge d’ignorance subsiste, et Dieu peut s’y loger… , mais pas nécessairement la foi en un Dieu personnel…

Troisièmement, l’approche historique reste souvent très linéaire : à l’époque conflictuelle… aurait succédé une époque de réconciliation. L’idée de progrès continue de faire recette ». (p. 15-32)

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Nouveau regard sur la science

« L’une des raisons de la « convergence » actuelle entre science et religion est l’évolution interne de la science contemporaine. On dit volontiers que la science serait devenue plus « modeste », qu’elle saurait mieux reconnaître ses limites, qu’elle aurait renoncé à parler de tout… »

François Euvé passe en revue les différentes tendances qui se sont manifestées au cours des deux derniers siècles : développement de la physique grâce aux mathématiques, puis de la chimie, des sciences de la nature, prise en compte de la question du temps, des pratiques humaines tâtonnantes et risquées, de nouveaux horizons comme le microscopique, de la relation au lieu de la substance, de la mesure, de la complexité, de la médiation symbolique du langage, etc. pour conclure : «La science contemporaine tourne le dos à une ontologie [explication avec les mots de la métaphysique gréco-latine] du réel, mais sans renoncer totalement à la notion de réel… Du côté du sujet : pas de connaissance sans projet. Le physicien n’occupe plus la place de Dieu. Cela signifie que le scientifique comprend qu’il ne peut pas occuper une position « universelle », affranchie de tout horizon… ». Il ne peut que présenter des « points de vue » sur le monde, des découpes ou des parcelles du réel… « Un peu d’attention à la démarche réelle des sciences montre une autre sensibilité que l’ancien scientisme, moins marquée par la certitude, consciente des limites internes à cette démarche, aux « horizons » de la connaissance… ». La démarche scientifique ne recouvre pas la démarche philosophique ; elles sont toujours « complémentaires »… (p. 15-52)

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L’attention à la nature

« La nouvelle approche de la science… invite à porter un autre regard sur la nature, moins sous le signe de la toute-puissance que sous celui d’une certaine attention. Une convergence s’opère avec le souci écologique… ». François Euvé passe en revue les nombreux mouvements qui se réclament de l’écologie et nous prépare « à [nous] interroger sur la pertinence, voire la possibilité, d’une vision chrétienne de la nature ». Il signale opportunément les paroles des derniers Papes concernant la protection de la création. Mais, tout en évoquant les auteurs qui insistent sur la dépendance de l’homme vis-à-vis de la nature au point qu’il pourrait être « déterminé par sa nature », il en vient à constater que : « Le christianisme valorise la place de l’homme au sein de la nature… Ce n’est pas à la biologie de définir le rôle de l’homme. Tout appui sur une notion de nature tirée des théories scientifiques est dangereux. L’homme se caractérise par un suspens, une mise à distance du milieu, une prise de décision qui n’est pas déterminée par son environnement (temporel ou spatial). Une véritable temporalité existe alors. Dans la tradition chrétienne, l’homme est plus un être d’histoire qu’un être de nature.

De plus, quand on parle d’homme, ce n’est pas d’abord de l’espèce qu’il s’agit… L’individu prime sur l’espèce…» (Rappel de : Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, III, 113). (p. 35-75)

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Nouveau « mysticisme » ?

François Euvé repère un certain frémissement religieux des sciences modernes : « Ce sont les développements de la science elle-même, dans ses formes les plus sophistiquées et les plus nouvelles, qui conduiraient quasi naturellement à retrouver les représentations les plus traditionnelles de l’humanité. Loin d’exclure la dimension religieuse ou mythologique, la démarche scientifique la retrouverait ». La théorie quantique et plus récemment la théorie du chaos, inviteraient à reconsidérer l’idée de matière, ainsi que la relation sujet-objet. Si à la place d’une continuité linéaire dans laquelle se complait le déterminisme pur et dur, la matière est formée de suites minuscules de micro-corpuscules qui se meuvent dans un espace ondulatoire, une certaine liberté peut prendre place dans ces micro-intervalles et donc aussi l’esprit. Mais ne se trouve-t-on pas alors en face d’un mysticisme suspect, comme celui que nous propose un certain « Nouvel Age » qui proposerait une unité cosmique englobant la nature et l’humanité ? « Le christianisme est en effet indissociable d’une histoire où Dieu s’incarne en maintenant l’écart « irrattrapable » de deux ordres de réalités (corps et esprit) ». (p. 79-93)

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« Origine chrétienne » de la science ?

François Euvé veut présenter ici deux courants divergents : le courant de ceux qui « cherchaient à démontrer que la science s’était élaborée en se dégageant de la vision religieuse, en particulier chrétienne, du monde , faisant du procès de Galilée l’événement emblématique de ce conflit », le courant de ceux qui « voulaient prouver que le christianisme était à l’origine de la science moderne »… puisqu’il y aurait une « continuité entre science médiévale (réputée « chrétienne ») et science moderne ». Il conclut en disant que ni « un certain « surnaturalisme » qui voudrait expliquer les phénomènes de la nature en recourant à un arrière-monde inaccessible par principe à la raison de l’homme. » ni un « déisme » dans lequel « Dieu s’identifie à l’ordre du monde… car ce déisme conduit inéluctablement à l’athéisme», ne peuvent être retenus. Tout « cela milite pour une distinction des domaines. Elle correspond peu ou prou à la situation actuelle, qui voit aussi bien la fin des grands conflits que celle des apologétiques à prétention scientifique. C’est l’occasion de se rappeler que la foi biblique et chrétienne n’a jamais pu se passer d’une expression rationnelle. La figure biblique de la sagesse… fait le passage entre ces domaines hétérogènes. » (p. 95 à 115)

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Création, promesse d’une communion universelle

François Euvé voit venir le temps « pour proposer quelques éléments d’une théologie de la création pour aujourd’hui, soucieuse à la fois d’enracinement biblique et de dialogue avec la pensée profane, en particulier la pensée scientifique. L’enjeu d’une telle réflexion ne se limite pas à un débat intrathéologique. Il en va de la relation de la foi chrétienne au monde, et particulièrement au monde moderne… » Après avoir fait un inventaire des théologiens protestants et catholiques qui ont publié des livres et des articles sur la création, François Euvé parle de ceux qui ont interprété les deux récits de la création dans le Livre de la Genèse, soit en tentant de les réduire à l’unité, soit en s’efforçant de se détacher d’un monde pesant pour se réfugier dans une réalité spirituelle ou une parole abstraite d’une histoire. « Quoi qu’il en soit de l’histoire de ses bifurcations, elles sont instructives d’une menace permanente, qui n’a pas manqué de se présenter sous diverses formes. A chaque fois, il s’agit de se délivrer de la pesanteur du monde, de sa complexité, de son opacité, au profit d’une vision simple et claire. La théologie biblique de la création nous invite au contraire à nous enfoncer dans cette histoire, guidés non par une connaissance certaine de l’origine, mais par une parole de promesse. »

Pour accueillir cette promesse, il faut « examiner le rapport de la Bible à la science… Il est plus pertinent de s’intéresser à la méthode (pas seulement aux contenus). On peut alors remarquer que la démarche de pensée permise par la théologie biblique de la création ouvre la voie à une recherche scientifique », ceci par la médiation de la sagesse à la fois science et technique ou pratique, pour le bon usage de tout le cosmos. « La création est un acte divin qui ouvre un espace commun à tous les êtres du monde, et en particulier à toute l’humanité… Se révèle ainsi la raison d’être de la création, non pas fabrication d’un monde déterminé, mais chemin ouvert en direction d’une communion universelle. » (p. 119 à 138)

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La «convergence » teilhardienne…

François Euvé rappelle certaines interprétations de l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin que l’on peut considérer comme des « glissements de sens » et se dirige vers le cœur même de cette « grande figure ». Il note, en particulier, une expérience fondatrice que l’on retrouvera tout au long de ses écrits. « Je n’avais certainement pas plus de six ou sept ans lorsque je commençais à me sentir attiré par la Matière »… Le caractère décisif de centre d’attraction est la « consistance » : « Rien au monde n’était plus dur, plus lourd, plus tenace, plus durable que cette merveilleuse substance saisie sous forme aussi pleine que possible » (Le cœur de la matière). Nouvelle expérience de cette « consistance » fondatrice : « l’atmosphère du « Front » » à Verdun. « Ce groupe coagulé sur les collines de Verdun devient à ses yeux « une grandeur aussi évolutivement réelle, et donc aussi biologique, qu’une gigantesque molécule de protéine ». À l’intérieur de cette expérience : « Dieu esprit » qui deviendra plus tard « Dieu incarné » ou le « Christ toujours plus grand », Dieu relié au monde, aussi « consistant » que Lui. Enfin, une nouvelle « consistance » le « Féminin ». « Dans une formule d’une étonnante densité, Teilhard récapitule : « Le plus vif du Tangible, c’est la Chair. Et, pour l’Homme, la Chair, c’est la Femme », ou « la rencontre du personnel ». François Euvé conclue en mettant en évidence « son aspiration à l’unité », le contraire à la fois du « repli individualiste » et de la « fusion collective ». « Le renoncement à tout égoïsme, à tout repli sur soi… n’est pas fusion dans une totalité indifférenciée. Teilhard n’a cessé de redire que l’union différencie (Le phénomène humain). La singularité de la personne se maintient, en raison directe de son ouverture à l’égard des autres »… « « Science » et « religion » ne s’unissent pas dans une vision totale et statique du monde, mais dans une démarche toujours « en avant » : « la poursuite d’un même Objet ». Fuir la confusion ne devrait pas conduire… vers un repli « religieux » désertant le monde même où Dieu s’est incarné. » (p. 141 à 161)

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La question de l’homme

Dans ce dernier chapitre François Euvé évoque tout ce qui a été tenté par des savants et des écrivains pour établir quelque relation entre la nature, le vivant et l’humain. Après avoir passé en revue leurs opinions et leurs hypothèses il met en exergue la liberté. « Ainsi, la liberté n’est pas pure autonomie, déliaison totale. Elle est reçue, provoquée par une autre… Dieu qui laisse place à d’autres instances, des partenaires libres avec qui un dialogue peut s’instaurer… ». « L’homme ne peut être « centre de construction » de l’univers que s’il reconnaît à quel point il « tient » au monde. La science moderne, en particulier la biologie, montre la grande continuité corporelle entre l’homme, le monde vivant et le cosmos dans son ensemble. Cela ne suffit pas à fonder une vision déterministe, tentation permanente des perspectives trop unitaires, à moins de confondre la représentation que la démarche scientifique nous donne des choses avec la réalité même de ces choses. A l’inverse, comme le montre Adolphe Gesché (L’homme,) la liberté de l’homme ne peut être déliée de son inscription dans le monde. Le geste créateur de Dieu fonde l’action libre de l’homme dans un cadre qu’il reçoit. » (p. 181)

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