Face au conflit : les ressources… médiation
Face au conflit :
les ressources anthropologiques, sociologiques et théologiques
de la médiation
(Colloque du Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris, avril 2011)
Médiasèvres N° 163
Département: Éthique
Auteurs : Emmanuele Iula sj,
Jacqueline Morineau (Dir.)
Éditeur : Éditions Facultés jésuites de Paris
2011Â Â Â Â Â 14×21Â Â Â Â 88 pages
ISBN : 978-2-84847-028-3
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Présentation
Tout commence du ventre de l’homme, de la famille, du village. Dans notre expérience de tous les jours, le ventre se manifeste tout d’abord comme le lieu de la fécondité.
En son intérieur naît et grandit le germe d’une nouvelle vie. Le ventre la protège et la nourrit dans son intimité. La protection et l’intimité que le ventre met à disposition de la vie n’a pas l’intention de la cacher, mais de la faire mûrir dans la discrétion, sans attirer l’attention. D’une certaine manière, elle est invisible.
Les cinq sens qui nous mettent en communication avec le monde n’ont pas de moyens pour entrer en communication avec cette petite partie de monde, car le ventre met à sa disposition un temps pour rester, tout simplement, inaperçue. En revanche de son invisibilité, la gestation en acte ne manque pas d’effets sur ce qui l’entoure. Une communication subtile et à voix basse est à l’œuvre. Nous n’entendons rien. Tout de même nous sentons quelque chose. Le sentir est une espèce de sixième sens qui n’a aucun besoin de l’évidence sensible, mais capable d’entrer en communication avec son semblable. Par le ventre je sens. C’est grâce à lui que nous pouvons accéder à cette expérience de l’autre. Et c’est à partir du moment où l’on découvre que ce même monde est capable d’exprimer des choses nouvelles dans cette « langue » nouvelle que la réalité apparaît complètement transformée.
Extrait de l’introduction
La reprise d’une tradition.
La médiation nous apprend d’abord que la raison, même si elle est très importante, n’est pas l’unique condition de rapport au monde. Aux priorités de la raison, la médiation humaniste remplace la priorité du sentir : « Sens-toi toi-même ». Par le biais du sentir, le médiateur invite les médiants à entrer en contact avec la partie la plus intime d’eux-mêmes et à s’écouter mutuellement. Quelle différence y a-t-il donc entre la connaissance, en tant que geste purement rationnel, et le sentir ? Le sentir n’exprime-t-il pas une certaine connaissance qu’on peut gagner à propos du conflit et, de manière plus générique, de la vie des autres ?
Le rapport rationnel qu’on a envers un objet est un rapport qu’on pourrait définir comme froid, car il semble impliquer une distance. Par contre, le sentir passe par le saisissement de la chaleur qui émane de la chose plutôt que par la perception de sa forme extérieure. Pourquoi ? Parce que sentir signifie s’approcher de son propre corps. Voilà pourquoi le ventre est un repère fondamental. De plus, l’expérience du sentir par le ventre ouvre non seulement à la dimension subjective de la personne, dérivée de l’écoute de son propre corps, mais aussi à la reconnaissance d’une altérité, qui rend plus explicite la dimension objective de son exercice. Dans la médiation, sentir n’est jamais seulement se sentir soi-même, mais aussi sentir l’autre.
La connaissance rationnelle naît de la sensibilité; le sentir naît de la relation. Cela veut dire que le sentir ne se pose pas forcément en continuité avec ce que la situation manifeste. Il est un événement de jaillissement qui peut aussi révéler des aspects inaperçus. Voilà pourquoi le sentir que nous recherchons, n’est pas le résultat d’un effort personnel, mais plutôt quelque chose qu’on reçoit sous la forme d’une inspiration qui dérive, paradoxalement, du conflit lui-même.
En plus, le sentir se distingue du raisonner par un usage différent de la parole. Le sentir n’est pas fait pour rester dans le ventre. La verbalisation de la perception de l’autre est un moment qui unifie l’affectif et le rationnel de son humanité. Le sentir s’articule ainsi avec la tête, car ce qui est vécu dans le ventre doit être interprété et dit. Mais de quel type de parole s’agit-il ? La parole produite par la raison montre une adhérence stricte à son objet. Elle s’y attache comme un vêtement fait sur la mesure exacte de la réalité qu’il habille. De son côté, la parole exprimant le sentir ne cherche pas le même effet, car elle vise à susciter encore la parole de son interlocuteur, non pas à lui donner des explications. Elle est donnée pour que le médiant continue à s’exprimer. Elle offre ainsi à celui qui est « senti » une possibilité de mouvement que la connaissance n’offre pas. En synthèse, ce que nous venons de découvrir est un petit paradoxe : la parole de connaissance est possible seulement par la distance, et cherche à adhérer à son objet, par contre, la parole ressortissant du sentir est possible grâce à une proximité majeure à son objet et montre une modalité expressive plus large, afin de rendre au médiant une possibilité d’expression ultérieure. C’est bien de cette dernière que nous sommes en recherche quand nous sommes en médiation.
Sommaire
Face au conflit
(Emanuele Iula sj)
Nouvelles perspectives dans le monde de la médiation
(Jacqueline Morineau)
Dix ans de médiation à l’Université – Réflexions sociologiques sur la médiation des conflits (Alberto Giasanti)
Apports de l’Afrique à la médiation communautaire – Quand le conflit doit rester « entre soi » (Étienne Le Roy)
Perspectives philosophiques sur la médiation (Guilhem Causse sj)
Face au conflit. Une relecture théologique (Michel Fédou sj)
Questions et débat final  (Emanuele Iula sj)




