Les derniers vœux de Karl Lauricourt

Récit sous forme d’une lettre que le supérieur de communauté écrit à Karl Lauricourt après avoir prononcé ses derniers vœux à La Réunion

 

Karl, te souviens-tu comment la paroisse Saint François-Xavier était pleine de rires ce 3 décembre 2011 ? Oui, nous étions en grande fête.

Ghislaine, Noëlie et Medgée, tes sœurs, Gaétan et Clency tes beaux frères, Gilberte ta nièce, avaient fait le déplacement de Maurice pour s’unir au ciel et à la Compagnie qui recevaient tes vœux. Leur joie était palpable. Cyril, un de tes bons copains d’enfance, toujours prêt à te suivre dans ta recherche de Dieu comme dans tes quatre cents coups, lui et quelques autres amis avaient aussi passé la mer pour communier à ton engagement. 150 ans après que les jésuites aient débarqué à Maurice, nos compagnons de l’île sœur, tout occupés à lancer leur année jubilaire, avaient dépêché Sylvain et José pour être à tes côtés. Christian de la communauté de Bordeaux, ravi, nous avait également rejoints. Jean-Yves, après une nuit d’avion était là, bien présent, à la place de Dieu !

Pour tes derniers vœux tu avais choisi la paroisse où est installé ton atelier de sculpture. Notre Père Jean, curé des lieux, et ses nombreux « dalons » avaient tout orchestré : la célébration, avec des cantiques de ton île et des pluies d’or pour la Vierge, les petits fours pour les agapes et les ségatiers pour les danses du soir.

Te souviens-tu du désarroi de Jean-Yves, ou, pour être plus juste, de ses propos sur la question ? Le doute des apôtres qui ne savent plus quoi penser après la résurrection de Jésus, c’était l’accroche de son homélie. Et cependant, ce sont bien ces hommes-là, dubitatifs, que le Seigneur envoie proclamer la Bonne Nouvelle. Dans une obéissance infaillible – celle que Jean-Yves décrivit comme le cœur de notre charisme, celle que tu allais vouer – les apôtres partirent, portés par l’Esprit, jusqu’aux îles lointaines, jusqu’aux confins du monde… François Xavier leur emboîta le pas. Il paraît que certains, en cours de pérégrination, s’étaient mis à parler des langues nouvelles, alors pourquoi pas le Provincial ? Ce soir là, Jean-Yves, maîtrisant le créole comme un chef, termina son exhortation avec ces mots : « Ekout mo sékré : mo bien kontan twa, to tou pou mwa – Ecoute mon secret : je t’aime beaucoup, tu es tout pour moi !» Ces paroles que Dieu adresse à chacun, Jean Yves, au nom de Jésus et de sa Compagnie, te les disait à toi, content de ce que tu es.

Karl Lauricourt prononce ses derniers voeux

Le secret de l’amour de Dieu pour tous, tu le connais, alors, à genoux devant sa présence tu lui as répondu: « Moi, Joseph, Karl, Lauricourt, je fais profession et je promets à Dieu tout-puissant, en présence de la Vierge sa Mère, de toute la cour céleste et de tous ceux qui m’entourent, et à vous, Révérend Père Grenet, qui représentez le Préposé général et ses successeurs et qui tenez la place de Dieu, perpétuelle pauvreté, chasteté et obéissance… »

Monseigneur Aubry, notre évêque, qui présidait l’eucharistie avait bien retenu ton parcours atypique et noté que tu étais « Unique.com». Pour en savoir plus sur le sujet, il suffit d’aller lire ton dernier édito sur le site wwwjesuites.com.re

Il t’a dit combien à ses yeux, ton travail de sculpture est mystique. Pour lui, dans un bloc de pierre informe et mal dégrossi, quelque-chose de déjà abouti se cache, mais tout ce qui est caché sera révélé, alors, avec des milliers de petits coups légers et délicats, un sculpteur dévoile l’invisible. De même, avec des milliers de petits coups légers et délicats, ceux que l’on reçoit et ceux que l’on donne, le Bondieu nous sculpte jusqu’à ce que nous ayons atteint la forme aboutie de nos êtres, une forme à la ressemblance de son unique fils, pauvre, chaste et obéissant, attentionné aux petits et aux faibles.

Vue de l’assemblée et de la nef

Et puis chez nous, comme un jour de fête ne suffit pas, le lendemain nous avons fait les « rogatons ». C’était le deuxième dimanche d’Avent, avec Jean Baptiste, son miel et ses sauterelles. Mais Bernard, notre ministre, avait choisi un autre menu. C’est pourquoi, le 4 décembre, jour anniversaire de ton ordination, nous avons savouré de l’oie à la vanille dans son riz au coco et de la « carangue amoureuse ». Notre amie Dolly s’était levée tôt pour cuisiner tout cela, il fallait que tout soit prêt dans les temps, c’est-à-dire avec deux heures de retard. Normal c’était l’avent, le temps de l’attente. Après le « zambrocal » de fruits nous avons poussé une dernière chansonnette : « Karl, va plus loin, va plus loin, même si tu te crois arrivé : le voyage est à peine commencé ! »

Christophe Kerhardy
Supérieur de la communauté jésuite de St Denis (La Réunion)

Pour en savoir plus :
Sur le site l’Eglise à la Réunion
Résidence du Sacré-Coeur à La Réunion
Le dernier édito sur le site wwwjesuites.com.re

Les jésuites sur l’Île Maurice

 

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