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L'appel au discernement n'est pas marginal en christianisme : il témoigne de toute une philosophie de la décision, de l'historicité, du poids du présent, et de toute une théologie du rapport de l'homme à Dieu et à son Esprit, présupposé présent dans la chair du réel. Il implique un exercice de la sensibilité (le " sentir " tellement essentiel dans les traditions spirituelles à l'inverse du mépris de la chair qu'on leur prête), un déploiement du jugement et de l'intelligence, un souci de l'échange et de la parole avec autrui, bref tout un travail sur soi qui permet la maturation et le développement tant affectif qu'intellectuel et spirituel de soi. Mais ici une objection forte peut être soulevée. A supposer qu'on admette la centralité du discernement et qu'on tienne aussi qu'elle est typique d'une religion honorant l'historicité dans toute son épaisseur, à supposer donc que le christianisme soit bien non une religion de l'imitation, encore moins une religion du livre, mais de la fidélité inventive à l'Esprit dans le présent, les considérations précédentes n'ont-elles pas fait trop peu de place aux présupposés de tout discernement ? Car pour discerner, trier, hiérarchiser, encore faut-il prendre appui sur des règles, des codes, des références diverses au nom desquels l'esprit se met en état de juger ? Faute de ces règles, n'est-on pas livré à la fantaisie, au caprice, à moins que sous couvert de discernement on ne fasse, une fois de plus, que se conformer au monde, donc renier ses convictions sous couvert de procédures savantes et flatteuses ? (p. 140) |