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compagnons > les jésuites égyptiens par Jacques Masson, sj (avril 2011)
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Les jésuites
égyptiens

Une voix de compétence
d'un petit nombre de jésuites
dans un pays très peuplé,
en avril 2011

 

Les jésuites de la nouvelle Compagnie en Égypte sont venus de France, de la Province de Lyon ; ils étaient français. C'était en 1879, à la demande de Rome et pour y fonder un séminaire.

Le pays compte quatre-vingt millions d'habitants. Vingt-six jésuites perdus dans cette masse, c'est vraiment la « très petite Compagnie » dont parlait saint Ignace.

Trois pôles d'activités

Trois pôles focalisent leurs activités : le spirituel, l'intellectuel et le social.

Le spirituel : ce pôle est particulièrement important dans un pays où le « sacré » et « la lettre » dominent. L'esprit des Exercices est une bonne clé pour ouvrir la religion sur la vie et l'Esprit. Cette orientation se traduit par des retraites offertes aux jeunes et aux laïcs autant qu'à diverses congrégations religieuses.                        La maison d'Alexandrie Mission en Haute-Égypte

L'intellectuel parce que la hiérarchie attend cela de nous ! « Notre Église - déclarait le Patriarche copte catholique - a besoin de vos « docteurs » et de vos spécialistes ». Nous avons le jésuite philosophe, le jésuite moraliste, le jésuite théologien et nous avions jusque récemment le jésuite islamologue - et cela au séminaire ou à l'Institut théologique du Caire. Nous veillons à assurer la relève.

Le social parce que nous sommes dans un pays en voie de développement où la pauvreté se manifeste sous toutes ses formes. L'instruction et la formation données par nos deux collèges ainsi que par les cinq ONG animées par des jésuites répondent à un besoin prioritaire.

Qui sont les jésuites en égypte ?

• 34 jésuites dont 8 novices.
• E n activité : 20 prêtres, 4 frères et 2 régents.
• Origine : Les novices sont égyptiens (2), libanais (4) et syriens (2). Les régents sont égyptiens. Les 4 frères sont égyptiens (3) et syrien (1). Parmi les 20 prêtres, il y a dix égyptiens, trois hollandais, deux maltais et deux polonais, un indien, un français et un américain. Ils peuvent parler arabe, français, anglais, hollandais, polonais ou maltais. Réunis, ils parlent arabe.

Les jésuites dans la révolution égyptienne

Aujourd'hui, ces 34 jésuites vivent la révolution du 25 janvier. Les médias sont maintenant branchés sur les événements de Libye, et l'on ne parle plus guère de l'Égypte. Les manifestations n'y ont cependant pas cessé avec le départ du Président Moubarak le 11 février. Les jeunes ont continué d'occuper la place de la libération pour demander le départ du gouvernement mis en place par lui avant son départ. Ils ont réussi, et le 7 mars un nouveau Premier ministre, Essam Charaf, a prêté serment avec son gouvernement devant le Conseil suprême des forces armées.

Mais depuis le début du mois de mars, la situation s'est dégradée; pillage, grand banditisme, vols et assassinats se sont multipliés dangereusement, créant un sentiment de totale insécurité. Chaque jour apporte sa nouvelle histoire. On se les raconte. On les enjolive, on en rajoute et les gens paniquent. On ne sait plus quoi croire.

Au Caire, les jésuites parviennent à garder leur collège en état de marche, malgré des absences. Avec le MEJ, ils ont organisé une séance de formation politique pour les jeunes cadres ; ils ont invité Amr Hamzawi, professeur de sciences politiques de l'Université américaine et membre actif parmi les jeunes du 25 janvier ; la salle du théâtre où s'est déroulée la réunion était archipleine de jeunes et ils ont dû fermer le portail d'entrée sur la rue.

Halte au désert des PP. Jacques Masson (debout), William Sidhom et Joseph Mizzi,
tous trois de la communauté du collège

Pour eux-mêmes, les Pères ont invité, à l'occasion de leur journée régionale, le 10 mars, deux jeunes cadres de la révolution : Nadine Hani Abdallah, une chrétienne, qui a fait Science Po à Paris, et prépare à l'heure actuelle son doctorat à Grenoble, et Moustapha, un musulman, jeune dentiste, engagé dans une ONG de défense des droits de l'homme et dans la préparation de la révolution depuis les grèves des ouvriers des filatures de Mahalla al- Koubra, en 2008. Le P. Nabil de son côté, à Caritas, organise une aide alimentaire pour tous ceux qui ont fuit la Libye et attendent à Soloum de pouvoir être rapatriés.

Ainsi la vie continue, comme pour tout le monde. Les jésuites sont très présents au mouvement de la révolution. L'insécurité peut paraître totale, mais la vie normale l'emporte largement sur le chaos, même si l'inquiétude demeure. Le pays est à construire. La crainte d'avoir un jour un gouvernement dominé par les Frères musulmans demeure présente.

Jacques Masson, sj

 

 

Pour en savoir plus :

> Voyage du Père Général en décembre 2010

> Portrait du Garage, un Centre Culturel jésuite à Alexandrie (Egypte)

> Collège de la Sainte Famille au Caire

> Henri Boulad, jésuite égyptien :"Les musulmans modérés doivent interpeller publiquement leurs frères radicaux"

> Jésuites en action au Proche-Orient

> Les jésuites de Minia en Haute Egypte (site en anglais)