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actualités > 2011 > Le dilemme du chartreux de Pierre de Charentenay sj
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Pierre
de Charentenay sj
Le dilemme
du chartreux
Médias et Église

Editeur DDB 234 pages   18 €

 

Extrait de l'Introduction

Le film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux, met en scène des religieux cloîtrés, vivant loin du monde et de ses agitations. Il a eu un extraordinaire succès, non seulement parmi les catholiques mais plus largement dans l'opinion. Les médias s'y sont intéressés de près, faisant reportages et couvertures sur ce phénomène. Par quel mystère le monde de la consommation s'intéresse-t-il à des vies qui lui sont si éloignées ?

Dans le même genre, voici quelques années, les Chartreux ont donné leur accord pour le tournage et la sortie du film de Philip Grôning, Le grand silence (film documentaire sorti en 2005), qui évoque pendant trois heures la vie austère de ces moines très rigoureusement séparés du monde derrière les hauts murs de la Grande Chartreuse. Paradoxe d'un autre succès cinématographique, là où personne ne l'attendait. Paradoxe d'un silence offert en spectacle à une société médiatisée à outrance. Fallait-il qu'un tel lieu se laisse avaler par ce monde du bruit? Il a fallu plus de dix ans pour que les moines se décident à accepter ce tournage. Pourquoi ce délai ? Pourquoi cette méfiance ? Pourquoi ces succès ? C'est l'objet de ce livre.

Il tentera aussi d'expliquer pourquoi de véritables ouragans médiatiques éclatent lorsqu'on rapproche deux mots : le pape et le préservatif. Si toute parole du pape est aujourd'hui médiatisée, surtout si elle est problématique ou va contre le médiatiquement correct, les médias se déchaîneront si une personnalité mondiale vient à dire des propos qui ne vont pas dans leur logique. Ils répercutent alors en boucle le fauteur de troubles, les conséquences de ses propos et les conséquences des conséquences. Le monde assiste alors à une explosion en chaîne, sans pouvoir prévoir quelle en sera la fin. Le mot qui fâche bouscule l'opinion, occupe les antennes, agite la scène politique, provoque des réactions en tout genre depuis les manifestations jusqu'à la violence. Certains actes ou paroles religieuses relayées par les médias occupent la sphère mondiale, révélant une puissance politique presque incontrôlable, surtout s'ils sont portés par des courants extrémistes et violents eux-mêmes. Les esprits en sont bouleversés, des téléspectateurs perturbés et inquiets.

Comment en est-on arrivé là ? Quel est le ressort de ces mouvements ? Comment a-t-on créé ces sautes d'humeur, ces courants explosifs et agités de l'opinion? C'est que nous sommes dans une civilisation nouvelle, celle des médias de masse. Il faut les définir brièvement. Le terme de mass media a été créé vers 1920 pour désigner une communication en provenance d'un émetteur vers des milliers, aujourd'hui des millions, de consommateurs. Ils fonctionnaient jusqu'ici en un sens unique, mais sont devenus récemment interactifs grâce à la possibilité pour le public d'intervenir dans ce flux de messages. La télévision et la radio en sont les premiers véhicules, mais aussi tous les moyens, cinéma, journaux, qui participent à la formation d'une opinion publique, d'un sentiment partagé par une masse d'individus. Véhiculé par les médias, cette opinion, cette culture, ce penser médiatique atteint un consommateur qui lit ou qui écoute plus ou moins activement. Une interaction se produit entre le messager et le récepteur, accélérée par l'impératif du marché pour produire cette culture médiatique que nous connaissons.

Ainsi, depuis cinquante ans, les mass media ont bouleversé nos modes de vie et nos manières de penser, notre capacité de transmettre notre héritage de valeurs aux générations qui suivent, et aussi nos perceptions du rôle des religions. Celles-ci tendent à voir dans les médias un ennemi permanent, les diabolisant facilement et les critiquant systématiquement. C'est qu'ils reflètent parfois des points de vue anticléricaux, comme il en existait dans le passé. En même temps, ils sont capables de s'enthousiasmer pour tel ou tel personnage, les moines de Thibirine par exemple, et de mettre tout en oeuvre dans des événements aussi exceptionnels que la mort de Jean-Paul II. Le bilan de la relation de ces deux mondes n'est pas si négatif que cela, mais les sentiments sont chargés d'agressivité et de rejet mutuel.

De là cette interrogation sur les relations de ces deux sphères; d'un côté, les religions orientées vers les questions de sens et d'autre part, les médias qui relatent le présent et se font l'écho de tous les vedettariats. Ces relations sont bien sûr régies par la laïcité qui s'applique à toutes les relations entre société civile et monde religieux. Mais la laïcité juridique étant sauve, on voit comment les religions cherchent des reconnaissances et des moyens d'influence. Cette présence publique de la religion par les médias ne signifie pas que celle-ci possède un pouvoir politique direct au détriment de la laïcité. Jean-Paul II a eu beau tenter d'empêcher la guerre en Irak jusqu'au bout, il n'a pas réussi et l'Amérique de George Bush est passée outre. La laïcité juridique semble donc bousculée parce que les frontières entre politique et religion sont troublées par la réalité médiatique.

L'Église catholique se trouve ainsi plongée malgré elle dans la culture de la communication. Elle a lancé ses propres instruments de communication. Mais elle est toujours dépassée par les évolutions techniques et culturelles. Parfois elle ne peut que protester. L'image du christianisme est médiatiquement floue. Elle n'est pas doctrinalement déterminée, ni liturgiquement précise. C'est le christianisme dans son ensemble qui est regardé et souvent caricaturé. Bien sûr, le côté le plus traditionnel est souvent utilisé pour l'image qu'il donne, mais ce n'est pas l'essentiel du christianisme. Ce livre évoquera les religions en général, mais le plus souvent le christianisme et plus spécifiquement l'Église catholique, Église dominante en France, et objet de polémiques nombreuses avec les médias.

Vie publique, vie médiatique, vie culturelle : les frontières sont floues. Certains analystes voient dans les médias la continuation du rôle rempli autrefois par les religions, avant le temps de la laïcité. Ainsi, les mondes religieux et médiatiques ne sont pas deux mondes différents. Par bien des côtés, ils semblent remplir les mêmes rôles, émetteurs de valeurs, producteurs de magistère. Ce sera l'objet de notre premier chapitre. Les médias créent aussi une communauté, un lien social, un terrain culturel commun dans une société individualiste qui a oublié la culture commune d'autrefois, celle qui faisait les règles du vivre ensemble et dont tout le monde héritait dans la famille et dans son village.

Nous verrons ensuite comment médias et religions entrent en concurrence sur le plan des valeurs, caricaturés par les deux positions de tradition et de modernité. Ils ont des lieux de proximité et de rencontre, et passent beaucoup de temps à se regarder l'un l'autre mais leurs logiques sont opposées. Ce sont ces points de rencontre et ces critiques qu'il faut observer. L'image du religieux dans les médias peut nous apprendre beaucoup sur la présence du religieux dans la modernité et sur ses incohérences et ses outrances qui sont épinglées.

Le troisième chapitre nous montrera les déformations opérées par les médias, de manière générale d'abord, puis dans son application aux religions. L'emballement fréquent, voire l'hystérie médiatique, se porte sur quelques faits et quelques personnages. Cette constatation ne devrait pas étonner ceux qui fréquentent les médias.

À son tour, l'Église catholique est prise par cette dynamique médiatique qu'elle intègre dans son fonctionnement. Notre quatrième chapitre montrera comment...

Introduction p. 9-14


Présentation de l'auteur

Jésuite, directeur de la revue Études, le père Pierre de Charentenay est l'auteur de plusieurs ouvrages dont certains consacrés à la laïcité et à la doctrine sociale de l'Église.

 

Présentation de l'éditeur

Les religions occupent une place très importante dans les médias, pour le meilleur et pour le pire. Le sujet passionne, mais le traitement n'est pas toujours sans provoquer un certain malaise. Les médias en effet obéissent à des logiques : libéralisme, publicité, image, communication qui ne sont pas celles des religions...

A leur manière, ils exercent une sorte de "magistère", soulevant des ambiguïtés ou des failles des groupes religieux. Mais si l'on assiste depuis quelques années à une montée en puissance de la dérision ou des caricatures, on voit aussi des communautés tenter d'utiliser les médias à leur profit. Comment s'y retrouver ? Les croyants, et en particulier ceux de l'univers chrétien, ne sont-ils pas victimes du "dilemme du chartreux", comme l'écrit Pierre de Charentenay, qui peut vouloir qu'on parle d'eux... en restant dans le silence ?

 

Table des matières

Introduction .................................................................... 7

1. Le nouveau magistère ................................................... 15
2. Les deux logiques ......................................................... 47
3. Un miroir déformant ....................................................... 81
4. Comment les Églises tentent d'utiliser les médias................. 103
5. Les médias révèlent les ambiguïtés de l'Église..................... 135
6. Le combat: caricature offensive ..................................... 165
7. Le dilemme du chartreux ............................................... 201

Conclusion .................................................................... 229


 

Pour en savoir plus :

> Acheter le livre

> Bibliographie de Pierre de Charentenay

> Le site de la Revue Etudes

> Le blog de Pierre de Charentenay sj

> A l'occasion de la sortie du film Des hommes et des dieux, des musiques jésuites